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Les collections à la une

Afin de présenter la richesse et la diversité des enrichissements, la Cinémathèque de Toulouse propose, dans le cadre de ce rendez-vous, des films entrés récemment dans les collections.

Le Mur (Duvar) | Yilmaz Güney

1983. Turquie / FRance. 112 min. Couleurs. 35 mm. VOSTF.
Avec Tuncel Kurtiz, Ayse Emel Mesci Kuray, Malik Berrichi, Nicolas Hossein, Isabelle Tissandier, Zirek, Ali Berktay
À priori, un fossé de la taille du Grand Canyon sépare la distribution de films de la conservation de copies. D’un côté la diffusion et l’exploitation commerciale d’œuvres cinématographiques, de l’autre la préservation et l’exhibition des mêmes œuvres dans un cadre patrimonial. Pourtant distributeurs et cinémathèques collaborent depuis toujours. En fait depuis tant d’années qu’au fil du temps un rapport de confiance essentiel s’est instauré, le catalogue des uns trouvant refuge dans les collections des autres. Tel est le cas entre le distributeur MK2 et la Cinémathèque de Toulouse. À vrai dire la coopération fut si intense qu’il serait particulièrement hasardeux de réduire à un seul titre cette collaboration.
Pourtant, Le Mur (1983), réalisé par le Turc Yilmaz Güney, semble un choix on ne peut plus approprié en ces temps troublés. Réquisitoire sans concessions contre l’enfermement, Le Mur décrit les terribles conditions d’incarcération et la révolte des jeunes détenus du dortoir 4 de la prison d’Ankara. Un film choc directement inspiré de l’expérience de détenu de Güney. Acteur ultra-populaire en Turquie, scénariste et réalisateur engagé, Yilmaz Güney fut condamné à plus de cent ans de prison par la junte turque pour ses films et ses écrits. Durant une permission, il parvint à s’évader et à trouver refuge dans l’Hexagone en automne 1981. Aidé par la renommée de sa Palme d’or (Yol en 1982), Güney parvint à tourner Le Mur, son ultime film sur le territoire français. Oubliez Midnight Express et éprouvez Le Mur !

> Mercredi 2 décembre à 19h (salle 2)

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Noir comme le souvenir | Jean-Pierre Mocky

On ne compte plus ses coups de gueule, ses déclarations fracassantes et autres révélations sensationnelles. Victime de ses propres frasques, Jean-Pierre Mocky ne serait donc devenu qu’un comique de réseaux sociaux, un bien-aimé bouffon de la génération zapping. Pourtant ce serait bien vite oublier que cet agent provocateur est un cinéaste avant tout, avec pas moins d’une centaine de titres à son actif. Et un sacré bon. Du moins quand il le veut. Un cinéaste qui s’est payé le luxe en 1994 de s’offrir son propre cinéma. En diffusant les films de Mocky, la mythique salle parisienne Le Brady, bien connue des amateurs de cinéma fantastique, mettait un point d’orgue à la carrière de ce soliste hors du commun. Un cinéaste margoulin, certes à la fibre patrimoniale. Alors quand le bonhomme décide de déposer une partie de ses films en archive, bien évidemment la Cinémathèque de Toulouse lui ouvre grand les portes de ses collections.

Surtout quand il s’agit d’acquérir des films comme Noir comme le souvenir. Car Mocky n’a pas son pareil pour scruter la société provinciale française. Dans une petite ville de province, une fillette est enlevée. Dix-sept ans plus tard, la mère de la gamine disparue est hantée par le fantôme de sa progéniture. Entre Hitchcock et Chabrol, entre fantastique et policier, le très en forme Jean-Pierre Mocky livre ici un bien étrange objet. Car si le canevas n’épatera personne, en revanche son traitement en étonnera plus d’un. Tour à tour drôle, onirique, inquiétant, Noir comme le souvenir gratte le vernis de la propreté pour révéler la saleté mais plus que tout observe des vivants rongés par la mort et la séparation.

Noir comme le souvenir
Jean-Pierre Mocky
1995. France. 92 min. Couleurs. 35 mm.
Avec Jane Birkin, Sabine Azéma, Jean-François Stévenin, Benoit Régent

> Mardi 20 octobre à 19h (salle 2)

The Proposition | John Hillcoat

The Proposition
John Hillcoat
2005. Australie / Grande-bretagne.
104 min. Couleurs. 35 mm. VOSTF.
Avec Guy Pearce, Richard Wilson, Ray Winstone, Danny Huston, David Gulpilil, Noah Taylor
Les dépôts réguliers de distributeur sont monnaie courante dans une archive de film. Mais certains sont peut-être plus originaux que d’autres. Ainsi Bodega Films versait dans les collections film de la Cinémathèque de Toulouse plusieurs dizaines de copies arrivées, comme on dit dans le jargon, en fin d’exploitation commerciale. Ce distributeur, on ne peut plus particulier, donne à voir des films de jeunes réalisateurs venus du monde entier. Une entreprise louable qui se heurte à l’implacable économie de la distribution. En effet on ne distribue pas de la même manière Avatar de James Cameron et The Proposition de John Hillcoat. Plusieurs centaine de copies pour le premier contre une poignée pour le second.

D’ailleurs la sortie de ce dernier dans l’hexagone tient quasiment du miracle. Car ce western australien hors normes daté de 2005 mit quatre ans pour enfin se dévoiler sur les écrans français. Entre temps, le film de John Hillcoat s’était bâti une solide réputation de bête de festival. Remarqué à Sundance en 2006, encensé au festival de Berlin la même année, The Proposition charmait son auditoire grâce au déchirant et tragique marché proposé à Charlies Burns. Ce dernier doit en effet abattre son frère ainé pour sauver la vie de son frère cadet. Écrit par Nick Cave, magnifiquement mis en scène par un Hillcoat réellement habité, The Proposition s’offre comme un western halluciné, une balade mystique chahutée par l’esprit du bush et cramée par le soleil. Nous sommes en 1880 et Dieu semble bel et bien avoir abandonné ce coin de terre régi par la barbarie et les mouches.

> Mardi 16 juin à 19h (salle 2)