Le cinéma et les films s’inventent (1896-1918)

Par Claudette Peyrusse

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Les premiers tournages accompagnent, partout en France, la diffusion des outils de « photographie animée ». À Toulouse, l’appareil Lumière est présenté le 21 mai 1896 par la Société photographique de Toulouse, dont Eugène Trutat est membre, et installé en salle le lendemain. En juillet, a lieu la projection de trois vues toulousaines et de scènes d’industrie filmées à Carmaux.

Les Lumière limitant les tournages dès 1900, d’autres firmes reprennent les genres naissants. Pathé et Gaumont puis Lux, Eclipse et Eclair tournent dans la région : scènes de plein air, panoramas et films ferroviaires d’allure documentaire, scènes religieuses lourdaises. En 1908 paraît Pathé Journal, suivi des actualités Gaumont et Eclair. Les salles sédentaires, de Toulouse ou d’Oloron Sainte-Marie, et les tourneurs comme Pierre Sarrus (Marmande) ajoutent au programme des actualités locales à la manière des premiers exploitants photographes et forains.

La fiction évolue pour satisfaire la demande. Les films s’allongent et, dès le début des années 1910, ils dépassent le kilomètre. En manque de sujets, on convoque auteurs, pièces, romans, thèmes connus – bretteurs gascons ranimés par Cyrano, imaginaire troubadour, Bernadette, l’aviation – pour une production de 10 000 titres minimum entre 1908 et 1918. Des intrigues s’inscrivent dans des décors réels, familiers des touristes, curistes et pèlerins (les Pyrénées et Carcassonne).

En ce temps de films faussement muets (ils sont sonores, accompagnés d’un orchestre, commentés), les phonoscènes Gaumont pour projections parlantes font connaître Tartarin de Toulouse (1908) et l’hymne régional Se canto (1909).

Quand la guerre ferme salles et studios, tout a été inventé : les différents types de films, les thèmes et lieux principaux de la fiction et même la couleur et le son. L’activité reprend pour des scènes de plein air, actualités de propagande, fictions. Les combats qui touchent de si près les familles sont lointains. Quelques images de généraux nés dans la région rompus à la revue des troupes, mais pas de trace des industries rapatriées dans le Sud-Ouest.

Sans compétence ni force économique pour créer des structures locales, la région est réduite à l’écran à ce que la production nationale lui emprunte pour en faire autant d’éléments du discours national. Le cinéma puise dans les arts voisins. Des Toulousains de Paris, auteurs de théâtre (comme de Lorde, d’Esparbès, de Gorsse) et caricaturiste (Henriot) y contribuent notamment.




 
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